Philippe Madec : Nobel de l’architecture durable

Lauréat du « Nobel de l’architecture durable », le Breton Philippe Madec tire la sonnette d’alarme. Devant l’urgence écologique, il lance avec deux collègues un manifeste pour développer la construction écoresponsable et stopper la monoculture du béton. Rencontre avec un architecte de la « frugalité heureuse ».

Crédit : Pierre-Yves Brunaud

La maison de famille qu’il vient de rénover est autonome en énergie. Elle n’a que des matériaux locaux et naturels. Une porte en épicéa sert de table à manger. Une lumière tendre baigne chaque pièce. « La terrasse est orientée sud-ouest, un régal pour l’apéritif » sourit-il, de sa voix calme. Philippe Madec est un architecte de « la frugalité heureuse ». Une frugalité qu’il applique dans son travail depuis trente ans et qu’il appelle aujourd’hui à généraliser via un manifeste lancé fin janvier avec sa consœur Dominique Gauzin-Müller et l’ingénieur Alain Bornarel.

« Il faut arrêter de s’extasier devant des édifices en béton et PVC comme au XXe siècle », ajoute l’homme aux airs de vieux loup de mer, ferme, mais toujours d’une voix posée. »

Ce qu’il demande, plus précisément : qu’on encourage la rénovation plutôt que le neuf, les constructions bioclimatiques « trop freinées par la législation », les «low tech», l’utilisation de matériaux écoresponsables…

Le Breton construit sans relâche des édifices qu’il veut « sans heurt, appropriés aux lieux ».

Crédit : Pierre-Yves Brunaud

À Saint-Christol, petite localité du Languedoc, on lui demande d’édifier une « cathédrale grandiloquente », dédiée au vin. Il refuse. À la place, il propose sept petits bâtiments en bois, aux formes inspirées des granges locales, et à énergie positive, faisant du nouveau pôle oenotouristique un champion écologique. Dans ses projets, Philippe Madec cultive aussi la co-construction, il consulte les habitants avant de prendre son crayon. Il vient par exemple de rénover des logements sociaux à Bordeaux. Sa méthode : à la fête des voisins, il a proposé de leur rendre visite pour discuter de leurs attentes. Aussi, quand le projet a été présenté, les habitants ont accompagné l’architecte à la mairie pour le soutenir. Certes, cette médiation prend plus de temps « mais elle remplace la ligne : avocats sur nos budgets. »

Enseignant, poète et écrivain à ses heures libres, Philippe Madec se fait l’avocat d’une architecture « bienveillante » envers ceux qu’elle abrite, « consolation » face aux désordres du monde et aux caprices du ciel, établissant une relation intime entre hommes et habitat.

« En allant plus loin, on peut dire que la question des matériaux est une affaire de paix. Sans la monoculture du béton, Lafarge ne négocierait pas avec Daech en Syrie, par exemple. »

Crédit : Pierre-Yves Brunau

Le manifeste qu’il vient de lancer a déjà été signé par 2000 personnes, en France, en Italie, au Maroc, au Canada, en Nouvelle-Calédonie… par des personnalités, comme Cyril Dion, des architectes de renom, comme Lucien Kroll ou Alberto Magnaghi, mais aussi par de simples citoyens, restaurateurs, agriculteurs…

Un écho citoyen qui l’encourage, avec ses deux collègues, à organiser des « Assises de la frugalité heureuse », en 2018 dans le bassin minier, pour continuer d’alimenter cette réflexion. Et un livre pour montrer au grand public que l’architecture durable, si elle ne correspond pas forcément aux canons de beauté d’hier, comme sa chaumière familiale, peut faire briller les yeux.

Source : Wedemain


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